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Portrait : Émilie, graphiste qui a multiplié son CA par 3

En trois ans, Émilie est passée de 35 000 € à plus de 100 000 € de chiffre d'affaires. Elle partage sa stratégie de développement.

Camille Rousseau 18 décembre 2023 · 12 min

Quand Émilie s'est lancée comme graphiste freelance il y a trois ans, elle facturait 35 € de l'heure et peinait à joindre les deux bouts. Aujourd'hui, ses forfaits démarrent à 3 000 € et elle affiche complet six mois à l'avance. Retour sur une transformation spectaculaire et les stratégies qu'elle a mises en place pour tripler son chiffre d'affaires.

Les débuts difficiles

Émilie démarre son activité de graphiste freelance en sortant d'école, sans expérience professionnelle significative. « J'étais terrorisée à l'idée de fixer mes prix. Je regardais ce que faisaient les autres freelances sur Malt et je me positionnais 20% en dessous pour être sûre d'avoir des clients. »

Résultat : un tarif horaire à 35 €, des journées de 10-12h, et un chiffre d'affaires annuel de 35 000 € la première année. « Je gagnais moins qu'avec un SMIC, tout en travaillant deux fois plus. C'était épuisant et démoralisant. »

« Je créais des identités visuelles complètes pour 800 €. Aujourd'hui, je ne comprends même pas comment j'ai pu sous-évaluer mon travail à ce point. »

Le déclic de la spécialisation

Le tournant intervient après 18 mois d'activité. « J'ai analysé mes 30 derniers clients. Je me suis rendu compte que mes clients préférés, ceux avec qui je prenais le plus de plaisir à travailler, étaient tous dans le secteur du bien-être : studios de yoga, thérapeutes, coachs. »

Émilie prend alors une décision radicale : elle choisit de se spécialiser exclusivement dans l'identité visuelle pour les professionnels du bien-être et du développement personnel. « Tout le monde me disait que c'était une erreur, que j'allais perdre des clients. Mais j'ai fait l'inverse. »

Le conseil d'Émilie

« La spécialisation fait peur, mais elle multiplie votre valeur perçue. Un client préfère toujours payer plus cher un expert de son secteur qu'un généraliste. »

La refonte du positionnement

Émilie reconstruit son offre de A à Z. Exit le tarif horaire, place aux forfaits de services clairs :

  • Identité visuelle Essentielle (3 000 €) : logo, charte graphique, templates réseaux sociaux
  • Identité visuelle Premium (6 500 €) : Essentielle + site web one-page + supports print
  • Identité visuelle Complète (12 000 €) : Premium + photo branding + accompagnement stratégique

« Passer du tarif horaire au forfait a tout changé. Je ne vendais plus mon temps mais une transformation. Mes clients n'achetaient plus "X heures de design", mais "une identité qui attire mes clients idéaux". »

La stratégie de contenu qui change tout

Pour asseoir sa crédibilité sur sa niche, Émilie lance un compte Instagram dédié aux graphistes du bien-être. « Je partageais mes process, mes avant/après, des conseils pour créer une identité alignée. En six mois, j'avais 8 000 abonnés, dont 90% de mon cœur de cible. »

Ce contenu devient son principal canal d'acquisition. « Je ne prospecte plus du tout. Les clients viennent à moi grâce à Instagram et au bouche-à-oreille. J'ai une liste d'attente de trois mois en permanence. »

« Le contenu de qualité gratuit m'apporte plus de clients que toutes mes prospections commerciales des deux premières années réunies. »

L'augmentation progressive des tarifs

Émilie n'est pas passée de 800 € à 3 000 € du jour au lendemain. « J'ai augmenté mes tarifs tous les quatre mois pendant deux ans. À chaque fois, j'avais peur de perdre mes clients. À chaque fois, ils ont accepté. »

Sa méthode : annoncer l'augmentation trois mois à l'avance pour les clients récurrents, et appliquer immédiatement les nouveaux tarifs aux nouveaux prospects. « Les nouveaux clients ne connaissent pas mes anciens prix. Pour eux, c'est le tarif du marché. »

Le processus qui fait la différence

Au-delà du design, Émilie a structuré un processus client premium qui justifie ses tarifs :

  • Questionnaire stratégique approfondi (2h) pour comprendre l'essence de la marque
  • Moodboard collaboratif pour aligner les attentes visuelles
  • 3 propositions de concepts au lieu d'une seule direction
  • 2 sessions de révisions incluses avec feedback structuré
  • Guide de marque de 30 pages expliquant comment utiliser l'identité

« Mes clients paient aussi pour l'expérience. Je les accompagne, je les rassure, je les guide. Ce n'est pas juste du design, c'est du conseil stratégique. »

La gestion du temps optimisée

Avec ses nouveaux tarifs, Émilie travaille moins mais gagne plus. « Je prends maximum 4 clients par mois. Chaque projet dure environ 3 semaines. Ça me laisse une semaine de battement pour mon administratif, ma création de contenu, et mes projets personnels. »

Son organisation : deux jours de deep work sur les projets clients, un jour d'échanges et de réunions, un jour de création de contenu et prospection passive, un jour off complet.

Leçon clé

« Augmenter ses tarifs permet de travailler moins tout en gagnant plus. Avec mes anciens tarifs, j'aurais dû prendre 10 clients par mois pour le même CA. C'est physiquement impossible sans sacrifier la qualité. »

Les erreurs évitées de justesse

Émilie a failli tomber dans plusieurs pièges classiques. « J'ai failli recruter une assistante pour gérer le volume. Heureusement, un mentor m'a conseillé d'augmenter mes tarifs plutôt que de scaler en volume. Meilleure décision de ma vie. »

Elle a aussi évité le piège de la sous-traitance : « Plusieurs agences m'ont proposé de me refiler leurs clients à condition de garder 30% de commission. J'ai refusé. Je préfère avoir moins de clients mais tout garder pour moi. »

Les chiffres de la transformation

En trois ans, voici l'évolution du CA d'Émilie :

  • Année 1 (2021) : 35 000 € CA • 42 clients • TJM effectif ~150 €
  • Année 2 (2022) : 62 000 € CA • 28 clients • TJM effectif ~380 €
  • Année 3 (2023) : 108 000 € CA • 18 clients • TJM effectif ~750 €

« Je gagne trois fois plus en travaillant deux fois moins. Et surtout, je prends du plaisir dans mon travail. Tous mes clients sont alignés avec mes valeurs, je ne fais plus de compromis. »

Les conseils d'Émilie aux graphistes débutants

« Arrêtez de vous vendre au SMIC. Calculez votre tarif minimum viable : vos charges sociales représentent 25-45% selon votre statut, vous avez des frais (logiciels, matériel, formation), et vous ne facturez pas 100% de votre temps. »

« Spécialisez-vous au plus vite. Être "graphiste généraliste" ne veut rien dire. Choisissez un secteur, un type de client, un style visuel. Devenez THE expert de cette niche. »

« Créez du contenu qui démontre votre expertise. Un post Instagram bien fait vaut mieux que 50 emails de prospection à froid. »

« Si vous galérez à trouver des clients ou à vivre de votre activité, le problème n'est probablement pas que vous n'êtes pas assez bon. Le problème, c'est que vous ne vous vendez pas assez cher. »

Ses projets pour 2024

Émilie ne compte pas s'arrêter là. « Je lance une formation pour les graphistes qui veulent se spécialiser dans le bien-être. Je veux partager tout ce que j'ai appris pour qu'ils évitent mes erreurs. »

Elle envisage également de créer des templates d'identité visuelle en produits digitaux : « Un revenu passif pour diversifier mes sources de revenus et réduire ma dépendance aux missions clients. »

Bilan financier

CA Année 1 : 35 000 €
CA Année 3 : 108 000 €
Croissance : +208%
Nombre de clients divisé par : 2,3
Temps de travail réduit de : 40%

L'histoire d'Émilie prouve qu'il est possible de transformer radicalement son activité freelance en quelques années. Spécialisation, positionnement premium, création de contenu et augmentations régulières des tarifs : voilà la recette qui a permis à cette graphiste de tripler son CA tout en retrouvant un équilibre de vie.